11 SEPTEMBRE 2026
Trouble panique et agoraphobie : quand la pratique entre les séances fait la différence
La thérapie TCC

Article clinique - Thérapie cognitive et comportementale
En thérapie cognitive et comportementale (TCC), les séances comptent, bien sûr. Mais une grande partie du changement se joue aussi entre les séances, lorsque la personne utilise réellement les outils proposés et observe ce qui se passe pour elle. C’est ce que m’a particulièrement montré le suivi d’un patient d’une quarantaine d’années venu consulter pour des attaques de panique et une anxiété devenue envahissante.
Depuis longtemps, il se décrivait comme anxieux, mais jusque-là cela restait relativement gérable. Avec le temps, certains symptômes physiques ont pris de plus en plus de place : maux de tête, vertiges, sensations inhabituelles, parfois une pointe près du cœur. Et très vite, une pensée catastrophique pouvait apparaître : « Et si c’était grave ? Et si je faisais un infarctus ? »
Il avait déjà effectué des examens médicaux, notamment des scanners et des IRM. Pourtant, même rassuré sur le plan médical, l’inquiétude pouvait revenir. C’est un mécanisme fréquent dans le trouble panique : une sensation corporelle est interprétée comme dangereuse, cette interprétation augmente l’angoisse, l’angoisse augmente elle-même les sensations physiques, et le cercle s’entretient.
La peur de ne pas pouvoir s’échapper
Au fil des séances, un autre élément est apparu : la peur de ne pas pouvoir quitter facilement certaines situations. Son premier souvenir très net remontait à une toile de tente. Ce n’était pas la peur de manquer d’air. Ce qu’il décrivait, c’était plutôt la peur de ne pas pouvoir s’échapper.
Cette distinction est importante. Dans l’agoraphobie, ce n’est pas nécessairement le lieu lui-même qui fait peur. Ce qui est redouté, c’est souvent l’idée d’être dans une situation dont il serait difficile de sortir rapidement si l’angoisse montait ou si un malaise survenait.
Il pouvait par exemple ressentir de l’angoisse au volant ou dans certaines situations où il ne se sentait pas totalement libre de partir. À l’inverse, il m’expliquait pouvoir se calmer dans un avion en se disant, en substance : de toute façon, je ne peux pas sortir, donc cela ne sert à rien de lutter contre cette idée. Ce contraste était intéressant, parce qu’il montrait que la peur n’était pas simplement liée au fait d’être enfermé.
Apprendre à repérer les signes avant que la panique ne prenne toute la place
Une des premières choses qui l’a beaucoup aidé a été la relaxation musculaire progressive de Jacobson. Le principe est simple : apprendre à repérer les tensions musculaires, les crispations, puis à relâcher progressivement le corps. Ce travail lui a permis de devenir beaucoup plus attentif aux moments où son corps commençait à se contracter.
À la troisième séance, il me disait déjà qu’il essayait de prendre conscience de ses crispations au cours de la journée. Puis, lors d’une séance suivante, il m’a expliqué que cela allait beaucoup mieux. Il utilisait la relaxation lorsqu’il se sentait stressé, s’endormait parfois avec des exercices de méditation et disait ne plus être dans la même hypervigilance qu’auparavant.
Ce point me paraît essentiel : il ne s’est pas contenté d’écouter les conseils pendant les consultations. Il a pratiqué. Il a testé les exercices, les a répétés et a observé leurs effets sur lui.
La TCC est une thérapie active
Nous avons ensuite poursuivi le travail avec des outils classiques de TCC : repérer les pensées catastrophiques, les noter, examiner les preuves qui semblent les confirmer mais aussi celles qui les contredisent, et apprendre progressivement à prendre de la distance par rapport aux scénarios anxieux.
Quand une personne pense immédiatement « infarctus » à la moindre sensation près du cœur, il ne s’agit pas simplement de lui dire de ne plus y penser. Le travail consiste plutôt à observer comment la pensée apparaît, à vérifier ce qui la soutient réellement et à envisager d’autres interprétations possibles.
Dans ce suivi, l’amélioration a été rapide : en quelques séances, le patient rapportait déjà un réel soulagement et une diminution importante de l’hypervigilance. Moins de dix séances ont été nécessaires pour obtenir un changement très sensible.
Cela ne signifie évidemment pas que tous les troubles paniques ou toutes les agoraphobies se traitent en quelques séances. Certaines situations demandent beaucoup plus de temps. Mais ce suivi rappelle quelque chose de très concret : en TCC, le patient ne change pas passivement.
Le thérapeute peut expliquer les mécanismes, proposer des exercices, aider à repérer les pensées automatiques et accompagner les expériences. Mais le patient reste celui qui va essayer, répéter, observer et finalement constater par lui-même qu’il peut répondre autrement à ce qui, auparavant, déclenchait presque automatiquement la peur.
Dans certains cas, cette implication active fait une différence considérable.
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