30 SEPTEMBRE 2026
Ce que la thérapie permet parfois… et pourquoi j’aime tant Guérir à deux voix
La psychanalyse

Lorsque j’ai rencontré « Sophie » (prénom modifié), elle s’excusait presque d’exister. Toujours polie, toujours reconnaissante, toujours soucieuse de ne déranger personne… mais incapable de penser à elle-même sans culpabiliser.
Notre travail a duré environ un an, à raison d’une séance hebdomadaire, principalement en visioconférence.
Peu à peu, nous avons exploré son histoire, notamment sa relation avec sa mère, et cette attente douloureuse d’un amour qu’elle avait longtemps espéré recevoir. L’un des enjeux de la thérapie a été de l’aider à accepter qu’elle ne pourrait peut-être jamais obtenir cette mère suffisamment rassurante dont elle avait tant besoin, tout en construisant sa propre vie.
Au fil des séances, quelque chose a changé.
La jeune femme timide et terrorisée à l’idée de déplaire a commencé à prendre des décisions pour elle-même. Elle a envisagé de se marier, de déménager, de mettre de la distance avec une relation familiale qui l’empêchait d’avancer et, surtout, de s’autoriser à vivre.
Nous avons travaillé dans une approche psychothérapeutique d’inspiration analytique, en nous appuyant sur une relation stable et sécurisante où elle pouvait déposer ses émotions sans être jugée. Mais nous avons aussi utilisé des outils très concrets d’affirmation de soi : apprendre à exprimer un désaccord, à dire « non », à prendre sa place et à supporter que l’autre ne soit pas toujours satisfait.
Cela me fait souvent penser au magnifique livre Guérir à deux voix de Irvin Yalom. Bien qu’écrit il y a plusieurs décennies, il reste d’une étonnante modernité. On y découvre combien la relation thérapeutique peut devenir un véritable laboratoire de la vie : un endroit où l’on ose progressivement faire ce que l’on n’osait jamais faire ailleurs.
Dans son récit, Yalom montre notamment comment certains patients peuvent apprendre, au sein même du cabinet, à exprimer leur colère, leur désaccord ou leurs besoins, avant de réussir à le faire dans leur quotidien. Ce qui se vit dans la thérapie peut ensuite se transférer dans la « vraie vie ».
C’est peut-être cela qui me touche le plus dans mon métier : voir une personne arriver en se sentant minuscule et repartir en occupant enfin sa place.
Bien sûr, chaque histoire est différente. Certaines thérapies sont brèves, d’autres plus longues. Mais lorsqu’une relation de confiance s’installe et qu’un travail en profondeur peut se faire, les changements observés dépassent souvent la simple disparition d’un symptôme : c’est parfois toute une manière d’être au monde qui se transforme.
Un premier échange peut permettre de faire le point